DALLAS-EN-YVELINES
SIMON MARTYCINDY / Mercredi 9 Mai 2007

Le chef de la police municipale de Chambourcy, ville UMP des Yvelines, a été retrouvé assassiné à son domicile le 21 mars. Affaire politique? Affaire d'argent? Histoire de moeurs? Enquête.

Qu'est-ce qui fait un «bon» fait divers? Réponse: des ingrédients connus. Une alchimie mêlant à la fois des personnages, du suspense et des enjeux. Comme dans une série télévisée. En la matière, l'assassinat de Christian Maréchal est un cas d'école.
La victime était le chef de la police municipale de Chambourcy, une commune des Yvelines d'un peu plus de 5 000 habitants. Il a été retrouvé poignardé de 18 coups de couteau à sors domicile, le 21 mars aux alentours de 22 heures, tandis que sa femme, Edyth, l'attendait à un meeting de l'UMP, à Saint-Germain-en-Laye. Dès lors, la rumeur enfle et certaines langues se délient. Chambourcy n'est pas à proprement parler une «cité chaude». Cette petite ville, près de Poissy, est même un havre résidentiel, totalement acquis à l'UMP (il n'y a pas un seul représentant du PS au conseil municipal), où, jusqu'alors, les seuls faits divers à déplorer étaient un matou monté dans un arbre ou la fuite d'une canalisation. Ce 21 mars, pourtant, la tranquille bourgade devient «Chambourcy-la-Sanglante»!
La victime, Christian Maréchal, est une personnalité locale aimée de tous. Ce bon père de famille, âgé de 59 ans, marié à Edyth, elle aussi policière, a toujours fait le bien autour de lui. «Peut-être trop», disent certains. Il s'apprêtait à partir en retraite en Vendée. En ce mois de mars électoral pourtant, il milite pour l'UMR distribue quelques tracts et assiste à des réunions.
La ville est dirigée par Pierre Mo range, un député-maire qui n'a jamais fait parler de lui. Jusqu'à ce qu'il licencie son attachée parlementaire, une certaine Armelle Péricard, fille de feu Michel Péricard, l'ancien député-maire de Saint-Germain-en-Laye, etde Catherine Péricard, actuelle conseillère générale UMP du canton sud de Saint-Germain dont Chambourcy fait partie. Motif? Avoir rompu, en 2005, la clause de confidentialité qui la liait au député-maire en travaillant aussi pour son frère, Arnaud Péricard, qui, c'est de notoriété publique, vise la mairie de Saint-Germain-en-Laye. Ce différend est réglé devant les prud'hommes: Armelle Péricard percevra 20 000 Euros d'indemnités. Fin de partie? Pas vraiment.
Pierre Morange, le maire, est de plus en plus contesté par bon nombre de ses amis d'hier. Selon une source proche du dossier, «le fonctionnement de la mairie de Chambourcy est très particulier, Morange décide de tout comme un autocrate sans que ça dérange personne». Un journaliste local ironise: «Ce sont des pratiques assez courantes dans les Yvelines, un département sans véritable opposition politique où les élus UMP forment un clan.» Jusqu'à ce que le «clan» explose... L'épouse de Pierre Morange a obtenu, de son mari, un poste d'assistante parlementaire. Or, Mme Morange exerce déjà la profession d'infirmière. Mais des (.élisions d'ordre privé ont divisé les époux Morange. «Dès lors, affirme un proche du couple, Mme Morange a menacé de révéler l'illégalité de son contrat d'assistante parlementaire.» Menace bientôt mise à exécution. L'épouse de Pierre Morange se confie à Gérard Le Bec, premier maire adjoint délégué à la sécurité (et donc chef de la victime), à la jeunesse, au logement et aux transports, et ami de longue date de la famille. Des témoins l'ont même vue sortir en pleurs du bureau de l'adjoint.
Dès lors, les événements s'accélèrent. Morange, se sentant trahi, démet son ami Le Bec de ses fonctions. Désormais, au conseil municipal de Chambourcy, on est «pour» ou «contre» Morange. Les adversaires du maire s'empressent de rendre public tout ce qu'ils considèrent comme des mauvaises manières de leur nouvel ennemi. Un ou plusieurs corbeaux s'en mêlent. Des coups de RI menaçants sont passés à diverses personnalités de la ville, parmi lesquelles des élus et... le chef de la police municipale, Christian Maréchal. A l'occasion, les correspondants anonymes divulguent de prétendues coucheries entre des habitants de la commune. «Des fadaises», selon la police.
Qu'importe, les protagonistes de ce Dallas-en-Yvelines ont décidé de régler leurs comptes le 19 mars au cours de la séance du conseil municipal. Ordre du jour: le vote du compte administratif de la commune. Ce soir-là, Christian Maréchal est présent dans l'assistance, à côté du militant socialiste Didier Lebailly. Bien qu'adversaires politiques, les deux hommes, qui habitent à 150 m l'un de l'autre, sont amis. Lebailly témoigne: «Christian ne voulait pas se mêler de ces affaires. Lorsqu'il a vu que l'on allait examiner le budget, il ma dit en riant que ça allait durer des plombes et m'a proposé de sortir manger des frites, ce que nous avons fait.»

Thèse politique privilégiée

Dans la salle du conseil, c'est le grand déballage. Morange accuse son ancien premier adjoint Le Bec, également propriétaire d'une société de travaux, de manipulations frauduleuses. En effet, la mairie a lancé un appel d'offres public de travaux concernant les accès de sécurité à l'école primaire. MDE la société de travaux de Le Bec, remporte le marché. Quelque temps plus tard, MDP envoie à la mairie un avis d'achèvement des travaux, ayant valeur de facture, dont le montant s'élève à environ 10 000 Euros. La mairie retourne à l'entreprise de Le Bec l'avis tamponné et dûment signé du paraphe de Morange. MDP, forte de ce document accompagné du devis, se présente à la banque Natixis pour obtenir le déblocage des fonds en attendant que la mairie les rembourse, ce qui est courant lors de ces procédures. Ne voyant pas arriver le moindre remboursement, la banque prend alors contact avec la mairie et Morange découvre le pot aux rosés: sa signature a été imitée et les travaux n'ont Jamais été effectués! Le Bec est convoqué par le maire, qui lui demande des explications. Le premier adjoint se défend en prétendant que sa secrétaire se serait trompée dans les papiers.

En guise de contre-attaque, les adversaires du maire (Le Bec en tête) reprochent à ce dernier d'utiliser sa voiture de fonction à des fins privées. A la fin du conseil, Pierre Morange ne dispose plus que d'une majorité de 14 élus sur 26. Chaude ambiance. «Bien sûr, il n'y a à première vue aucun motif sérieux d'homicide dans cette affaire. Surtout, aucun des, protagonistes présents ce soir-là au conseil municipal n'avait de raison apparente d'en vouloir à Christian Maréchal», nous indique une source proche de l'enquête.

Pourtant, le surlendemain, le chef de la police municipale est bel et bien retrouvé mort chez lui. Auprès du corps, se trouve une lettre, prétendument signée d'Al'Qaida. »II s'agit, à n'en pas douter, d'un assassinat. La préméditation ne fait aucun doute», nous a affirmé Jean Espitalier, le directeur de la police judiciaire de Versailles, chargé de l'enquête. Mieux, selon une autre source proche du dossier, «il s'agit très probablement d'un assassinat commandité». Est-ce l'oeuvre du ou des mêmes corbeaux qui harcelaient les notables de Chambourcy et qui, pour brouiller les pistes, ont laissé cette missive grotesque? Ou bien Maréchal avait-il une double vie? La police semble, quant à elle, privilégier la thèse politique. La clef de l'énigme se trouverait-elle donc au sein du conseil municipal? En tout cas, pour la famille de Maréchal, comme ils l'ont affirmé à plusieurs de leurs amis, «l'assassin se trouvait sûrement à l'enterrement».

Quoi qu'il en soit, pour la police, les journalistes locaux et les amis de la victime, il semble à peu près sûr que Christian Maréchal a été assassiné parce qu'il en savait trop. Trop sur quoi? Pour l'heure, le mystère est total. «L'enquête est difficile car cette affaire est brouillée par de nombreuses rumeurs», indique le directeur de la police judiciaire. En attendant, «Dallas-en-Yvelines» ressemble à du Agatha Christie




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